(Article antérieur)
J'ai une envie impérieuse d'écrire un article. Maintenant, parce que je me sens envahie de cette violence qui m'est nécessaire pour écrire. Quand je dis "violence" ce n'est pas forcément négatif, ça peut être la violence d'un sentiment positif. Quoique en l'occurence c'est... négatif. C'est la violence de la colère et de la révolte. La violence de la froideur et de l'ironie. J'aime cette violence que je n'arrive jamais à exprimer quand je la ressens. Ni dans les gestes, ni même dans les paroles. Alors je l'exprime dans des mots écrits, que je dis tout en me taisant. Quel bonheur de former des phrases sopus l'emprise de ce sentiment. De trouver enfin des mots qui soulagent. De trouver ceux qui flottent dans mon esprit, ou ceux qui le heurtent de plein fouet... et de pouvoir m'en libérer, m'en décharger.
On me voit dans un métier littéraire? Ah ah, trop facile. Moi aussi bien sûr que je me vois dans un métier littéraire. Je me suis TOUJOURS vue dans un métier littéraire. Toujours imaginée romancière à succès. Ou romancière tout court. Ou juste un métier proche des romans. J'ai fait L parce que ça me plaisait. Et non parce que j'étais une S trop faible qu'on met de côté là-bas, dans la petite classe des rêveurs (des "glandeurs", pour être plus proche de l'opinion générale). J'ai fait L parce que c'était évident : le français, les langues vivantes, la littérature. Il n'y avait aucun domaine dont je me sentais plus proche. Et là j'attéris en Hypokhâgne et aujourd'hui en Khâgne. Waouh! Prépa littéraire. La classe hein? L'élite de la Nation. (Pff...) Et grande question : QU'EST-CE QUE JE VAIS FAIRE DE MA VIE? Ouais ouais, intégrer la prépa c'est beau, c'est déjà une réussite. La réussir encore plus. Obtenir le concours à l'ENS, encore plus rare, là c'est vraiment la crème, le must, la cerise sur le gâteaux. Les meilleurs, les cerveaux, les plus forts. Bon, faut dire ce qui est, la majorité d'entre nous n'espérons pas réellement entrer à l'ENS. On est un minimum réalistes, quand même. Ce serait LA fierté de n'importe quel étudiant. Mais bon... Pour le moment la fierté de survivre à la prépa est suffisante. En tout cas pour moi. Mais la question demeure? Quand je survivrai (SI je survis) à la prépa... je deviens quoi moi? Je fais quoi? Tourisme, Commerce, Journalisme, Edition, Traduction (...). Je tente quoi?? Ici c'est trop dur, là c'est trop long, là c'est trop cher, là je serai jamais admise, là ça ne me plaira pas. Je vais où? J'aurais donc accédé (et survécu!) à la prépa pr rien. Car à la fin de cette année je vais me lancer dans une filière qui ne me conviendra jamais, je me rendrai compte au bout d'un an que ce n'est pas une formation pour moi; je me ré-orienterai donc. Nouvelle filère. Et me tromperai encore, et changerai à nouveau de formation au bout d'un an. Et je perdrai de précieuses années, les unes après les autres. On m'avait dit que la prépa ouvre à tout. OK, cool, génial même! Mais si je suis incapable de trouver 1 seul secteur qui me convienne, choisir au hasard reviendrai au même. A chaque nouvelle idée, j'ai, malgré moi, un regain d'espoir. "Et si ça pouvait me plaire??". Et un élément (si ce n'est plusieurs) vient rapidement défaire mes brèves illusions. Et à chaque nouvelle désillusion c'est le retour à la case départ : il faut essayer de déblayer un AUTRE chemin, même pas un chemin, juste un début de chemin. Si je pouvais ne serait-ce qu'avoir un début de chemin FIXE... J'en ai tellement marre. Que les profs finissent peut-être par me juger indécise. Marre de TOUJOURS répondre à la cruelle question "- Et c'est pour faire quoi après?" la tout aussi cruelle réponse "- Je n'en ai absolument aucune idée!". Pourquoi est-ce que les gens me forcent comme ça, à m'enfoncer toute seule. Comme si ça ne me pesait pas déjà assez, il faut que je répète à VOIX HAUTE ces quelques mots à toutes les personnes que je rencontre. Et bien sûr, faire comme si... comme si ça ne me préoccupait pas, comme si j'avais confiance en mon avenir, comme si j'étais certaine que la réponse finira bien par m'apparaître, aussi claire que de l'eau de roche. Sourire et répondre d'un ton léger. Tellement marre de répéter cette p*tain de phrase JE N'EN AI AUCUNE IDEE ! Si seulement je pouvais trouver quelque chose de "bien". Je cherche pas (je ne cherche plus) l'idéal : une formation qui mène à un métier qui plait ET qui paie. Je ne veux pas passer 30 ans à me tâter, à essayer tous les secteurs et à naviguer ici et là. Je veux une formation qui me mène rapidement (le terme "rapidement" est à nuancer...) à un boulot convenable et une situation stable, gérable et vivable. Je n'espère plus qu'une formation tombe du ciel pour moi. Tant pis si je m'oriente vers une formation qui ne suscite en moi qu'un intérêt modéré. Mais juste un minimum d'intérêt, le minimum qui donne le courage de se lever le matin. C'est tout. Et puis marre aussi de laisser voir ma détresse à tous mes proches... Marre de me prendre la tête avec eux. Encore s'ils pouvaient m'éclairer un peu. Ils ne font que m'embrouiller. Je commence à me lasser de trouver des pistes qui meurent dans l'oeuf. A l'heure actuelle, je ne vais absolument NULLE PART et ça me terrifie. Je ne sais pas où je vais aller, si je vais réussir, je ne sais pas comment je vais me débrouiller, je ne sais pas comment j'arriverai à gérer ma vie personnelle selon ce que je fais. J'ai non seulement TRES peur pour moi, mais en plus j'ai peur par rapport aux autres. Je ne sais pas vraiment... que le soutien de mes parents faiblisse, qu'il me soupçonnent peut-être de le faire exprès, ou peut-être qu'ils n'acceptent pas ce que je choisirai au moment où j'aurai trouvé ou qu'ils m'accusent peut-être un jour de me laisser influencer dans mes choix par ma situation amoureuse.
Là aussi c'est facile de dire "- Si un jour je sens que tu es sûre de gâcher quelque chose si tu ne "le" fais pas, eh bien, je te dirai, vas-y fais-le." Genre comme si, là tout de suite, je pouvais seulement CONCEVOIR être sûre d'une formation, d'une année à faire, savoir avec clarté que "ça", je DOIS le faire! Ouais ouais, c'est dans un an, et dans un an... bah... sans être pessimiste, côté coeur les choses peuvent évoluer (non pas que je le souhaite!). Mais JUSTEMENT. C'est parce que c'est dans SEULEMENT 1 an que je suis obligée d'y penser maintenant. Alors on fait des projets ensemble, des rêves... qui me plombent immédiatement le moral. Parce que je sais que ce ne sera jamais aussi facile que ça, et parce qu'autant ça ne se fera jamais. Et après on se dira : "P*tain, avoir perdu tant de temps (précieux) à parler de "nous" au futur, tant de temps gaspillé à chercher des solutions qui finalement n'ont plus lieu d'être..." Encore une fois, ce n'est évidemment pas ce que je souhaite mais il faut que je me force à rester un minimum réaliste, mon avenir en dépend.
Encore un truc cruel c'est les gens qui se méprennent sur ce qui se passe dans ma p'tite tête. Ma marraine m'avait laissé un message sur FB : "Comment ça ? Avec une intelligence comme la tienne, ce serait trop bête de ne pas avoir d'ambitions!" Mais qu'est-ce que l'ambition a à voir là-dedans?? Si j'avais connaissance d'un métier propre à me faire rêver, évidemment que je serais prête à me battre pour ça ! Evidemment que j'aurais de l'ambition. Le problème c'est que je ne sais PAS ce qui pourrait m'intéresser !
Alors voilà, je me retrouve en Khâgne... et je me demande pourquoi je suis là. A quoi sert le travail que je fournis, les devoirs que je rends et les notes que j'obtiens? A quoi vont-elles m'aider?? Je veux bien travailler, je veux bien me démener... mais si je ne sais même pas pourquoi je suis en train de galérer, ici, en prépa... C'est décourageant !
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